...Mis en cause par les syndicats d’enseignants, de lycéens et même les associations de parents d’élèves, le ministre de l’Education semble justifier sa politique passée avant tout.
"Je veux aller jusqu’au bout de ma lettre de mission, elle est presque achevée, je dois dire, d’ailleurs. Mais je veux mettre la réforme du lycée sur les rails" Xavier Darcos, 13 janvier 2009

Celui qui voulait achever l’Education Nationale...
Xavier Darcos s’est "datisé". Il n’a pas fallu 19 mois pour qu’il se mette à dos la quasi-totalité du corps enseignants, les syndicats lycéens et les organisations de parents d’élèves. Les enseignants ont été excédés par un ministre de tutelle qui les a stigmatisé depuis son entrée en fonction : "les performances des lycées français, avec un des encadrements qui est un des meilleurs du monde, sont médiocres. Il faut que nous acceptions un peu une fois de nous dire que ce n’est pas que du quantitatif, il faut que nous repensions la manière dont nous préparons nos élèves".
En juillet dernier, il s’interrogeait "sincèrement" sur le besoin de former des instituteurs à Bac+5 pour "changer les couches" des enfants en maternelle...

Au sein du gouvernement, Darcos s’est aussi fait une spécialité d’annoncer les suppressions de postes frappant son ministère avant même qu’elles fussent officialisées par le vote du budget. 11 200 en 2008 (dont 8 500 enseignants), puis 13 500 en 2009, ces suppressions étaient discutables. Darcos explique que le nombre d’élèves diminue, alors que la France bénéficie d’une natalité active depuis une dizaine d’année. Pire, à l’échelle d’un établissement, la suppression de postes de professeurs dans telle ou telle spécialité implique la réduction du nombre de classes : il y a rarement un départ en retraite par matière !

En fait, le ministre cherche à réduire le nombre de postes pour ... augmenter le nombre d’heures supplémentaires des enseignants restant. La méthode a été judicieusement expliquée par Politique.net :

Depuis quelques années, le ministère procède à des manipulations chiffrées pour supprimer des postes dans les établissements. Le procédé est le suivant : en février, le rectorat établit une fourchette basse des besoins de chaque établissement. C’est à cette époque qu’est donc connu le nombre de classes par niveau. En fonction de l’ampleur des suppressions de classe, des postes de professeurs sont supprimés. Ces derniers doivent alors faire leur demande de mutation dans un autre établissement. Seulement, en juin, lorsque les estimations des effectifs de l’année suivante s’affinent, la DHG de février s’avère insuffisante. Il est trop tard pour annuler la suppression des postes, le processus des mutations étant quasiment terminé. Des heures supplémentaires sont donc créées. Illustration de la politique de Nicolas Sarkozy : "travailler plus, pour gagner plus".

En janvier 2008, Xavier Darcos a inauguré une habile manière de casser les grèves de l’Education Nationale. Les économies générées sur les salaires non versés aux grévistes serviront à financer un système de garde. Il a ensuite interpelé les mairies de gauche qui refusaient l’application de sa loi sur le service minimum. Faut-il confondre garderie et enseignement ?

"Les enseignants doivent apprendre à travailler différemment", expliquait le ministre en octobre 2007. A la rentrée de 2008, l’école primaire est allégée du samedi matin. Et les programmes scolaires sont recentrés sur les apprentissages "fondamentaux", notamment la lecture, l’écriture et le calcul. En mars 2008, le ministre annonçait ses plans pour l’école primaire : une refonte du programme, avec petit livret à la clé pour tous les parents. Dix-neuf organisations syndicales et associatives lancèrent une pétition, contre cet appauvrissement de l’enseignement primaire.

En janvier 2009, le ministre lance un examen général des élèves du CM2. Histoire de mesurer le niveau. certains syndicats protestent. Pourquoi un examen national en cours d’année alors que les professeurs peuvent organiser différemment sur l’année leur enseignement ? Pour stigmatiser un peu plus le personnel enseignant ?

Le Ministre de la Reculade Nationale
Sur le lycée, Xavier Darcos a été contraint de céder en quelques jours, à la mi-décembre. La réforme des classes de seconde consistait à séparer l’année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire tombait à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd’hui. Le 24 janvier, il s’est rendu sans convaincre aux Etats Généraux de la FIDL. De toute façon, cette réforme ne lui appartient plus. Nicolas Sarkozy l’a confié au Directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Ce dernier a déclaré : "on redémarre de zéro." Et paf !

Xavier Darcos a dû également réduire ses ambitions de fichage des élèves. Le logiciel, intitulé Base Elèves, est "une application d’aide à l’inscription des élèves et à la gestion pour les directeurs d’école et les mairies". Utilisée depuis 2007 dans 80 départements, elle devait être généralisée à compter de la rentrée 2010. Dans un communiqué publié le 13 juin dernier, le Ministère de l’Education Nationale a réduit le nombre d’informations désormais collectées.

La démarche gouvernementale est globalement confuse : alors que Darcos annonce vouloir lutter contre l’échec scolaire, il supprime 3 000 postes de RASED (Réseau d’Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté), avant de reculer et limiter à 1 500 les suppressions. Alors qu’il réduit le nombre de personnels qualifiés, il annonce en janvier 2009 la création de 5 000 "médiateurs" pour lutter contre l’absentéisme à l’école.

En 2009, Darcos la joue modeste
La désobéissance des professeurs, contre les nouveaux programmes, prend de l’ampleur : 290 enseignants des écoles primaires parisiennes ont ainsi récemment déposé une lettre de refus d’appliquer les heures de soutien. Lors de sa conférence de presse de rentrée, jeudi dernier, le ministre a été avare en annonces : nouveaux outils "pédagogiques" pour l’école maternelle ( ?), un guide pour les parents pour "mieux connaître l’école maternelle" ( ?), un "plan national de formation à l’entrée dans le métier et de formation continue est lancé pour les enseignants de maternelle", une "académie en ligne", ou encore les fameux "5000 médiateurs de la réussite scolaire" (emplois aidés).

Le ministre est-il à bout de souffle ?
Plus d'infos : * Présentation du programme d’action de Xavier Darcos pour 2009
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